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lundi 10 mars 2014

France-Albanie, manifeste pour notre humanité

Manifeste pour l’Albanie et la France
pour notre Humanité.

Introduction :
Historien du Poitou, fonctionnaire de l’État, je prends la plume pour dénoncer une situation qui nous concerne tous, relatée par les médias, préoccupant nos « magistrats » (au sens antique, romain) comme nos élus mais que nous ignorons dans le détail puisque par son essence même elle ne nous touche pas directement : je veux parler de l’immigration et du statut des réfugiés politiques.
Il y a encore trois jours, j’ignorais quasiment tout des Albanais, tout de la procédure pour obtenir le statut de réfugié politique.
Hier j’ai entendu et vu.
Aujourd’hui j’ai compris et je vous écris.

1er jour, mardi 17 décembre
            Un Albanais que j’appellerai ici Alexandre m’est présenté par le chef d’établissement où il est scolarisé pour me faire part de sa démotivation. Il m’est demandé d’user de mes relations pour trouver des fonds  lui permettant de reprendre dans un conservatoire le violon qu’il pratiquait depuis 10 ans de façon intensive dans son pays. La musique d’après le chef d’établissement pouvant peut-être le remettre en confiance.
            À mon bureau je le découvre et par mes nombreuses questions je finis par comprendre dans quel imbroglio et quelle impasse lui et sa famille se trouvent. Le 12 août 2012, ils ferment définitivement les portes de leur grande maison à Elbasan et prennent le bateau à Durres pour Bari dans les Pouilles. Ils restent une dizaine de jours à Bolsana, en Etrurie, chez son oncle maternel (Ardian, de prénom illyrien, arrivé à 21 ans en 1995 en Italie, gérant d’un magasin de matériaux). Ils prennent l’avion à Rome pour gagner la France (aéroport Charles de Gaulle, c’est un nom plutôt rassurant pour le père d’Alexandre qui depuis sa naissance n’a cessé de résister…). Les quatre immigrés se rendent ensuite à au chef lieu régional. L’un des oncles paternels y a fondé une famille. Arrivé en 1991, à 23 ans, il a passé un C.A.P. de boulangerie-pâtisserie, s’est marié avec une française préparatrice en pharmacie, a un petit garçon Gabriel et assure la sécurité plusieurs jours dans un illustre immeuble parisien et à plus de 300 km le restant de la semaine. Beaucoup de voyages, peu de sommeil, « mais je suis intégré… ma femme est française, mon garçon est parfaitement bilingue» me dit-il au téléphone. C’est à la préfecture régionale que la famille d’Alexandre est enregistrée. Elle est logée provisoirement dans un monastère pour trois mois, de la fin août au 16 novembre. L’accueil y était chaleureux … Mais il fallut partir pour une ville voisine, conduit dans un CADA en tant que demandeurs d’asile en attente du statut de réfugié pour PADA-MADA services dépendants de l’association COALLIA (premiers barbarismes pour vous, il y en aura d’autres : CADA ou centre d’accueil Demandeur d’asile, PADA Premier Accueil des Demandeurs d’asile, MADA  ou Mise à l’Abri des Demandeurs d’asile).  Ils sont placés dans un hôtel pour six mois, mi-novembre à  mai, mais sans pouvoir cuisiner. « On mangeait froid, des sandwichs… ». Ils passent encore quelques semaines dans un autre hôtel dans la ville.  Au début de l’été, par décision préfectorale, ils changent de département, s’éloignent par conséquent de leur parent, pour être installés dans un logement social de COALLIA. « On a vécu ce déplacement comme une punition…la plupart sont restés, pas nous.  Jamais monsieur, je n’avais pensé un jour vivre dans un tel village… » me dit Alexandre. Dans sa 19ème année depuis septembre 2013, il amorce sa troisième seconde ! La première en Albanie et deux secondes professionnelles depuis son arrivée en France … une avec aménagement de l’emploi du temps dans le chef-lieu régional et la troisième à plus de 150 km dans une petite ville en septembre 2013  dans une filière imposée en raison des places disponibles.
            De mes études universitaires, je retiens seulement  de l’Albanie son « enclavement » économique (choix délibéré de la dictature communiste stalinienne) et historique (de la Grèce hellénistique à l’Empire ottoman). Je constate rapidement qu’il en est de même de la communauté albanaise en France, dans ma région : famille isolée, élève égaré, individus à la dérive…  Finalement après avoir subi un enclavement de l’intérieur et de fait à l’échelle européenne, ce peuple est victime d’un ostracisme déguisé par une conjoncture de crise.   

Une famille expatriée…
L’éphèbe ( φηϐος)  debout devant mon bureau a tout d’Alexandre le Grand.

"Alexandre"


Il aurait pu servir de modèle à Lysippe le sculpteur attitré du conquérant au IVème siècle av. J.-C. .  Je pense à l’Epire (au sud de l’Albanie) et ces liens étroits avec la péninsule apennine. À ce peuple des Alpes dinariques en relation suffisamment étroite avec les Etrusques au VIIème siècle avant notre ère pour avoir en commun la langue (le tosque). Tandis qu’au nord,  de l’idiome illyrien allait naître le guègue, deuxième élément de l’albanais moderne. Mais revenons à l’époque grecque. Au milieu du IVème siècle, l’ambitieux Philippe II de Macédoine épousait Olympas sœur du roi des Epirotes, qui lui donna un illustre héritier, Alexandre le Grand. L’Epire entrait alors sous influence macédonienne puis hellénistique tandis que l’Illyrie devenait une province romaine où des colonies étaient fondées essentiellement par César et les triumvirs.

Casque épirote ( coll. Zak Baruti, Italie)


Je suis bien conscient que tout nous rapproche mêmes références culturelles, histoire partagée ou « croisée » mais également que tout nous sépare. N’est-ce pas encore les chevaliers de Blois et Vendôme, de Champagne et de Flandre engagés dans la IVème croisade conformément aux injonctions d’Innocent III en 1198 qui ont été « contraints » en 1204 de razzier les rivages orientaux de l’Adriatique au profit de Venise en guise de paiement des navires fournis pour soi-disant aller en Egypte et à Jérusalem ? Finalement pendant cinq siècles, l’Adriatique séparera l’Europe chrétienne de l’Empire ottoman  dont les marches sont justement les massifs dinariques, l’Albanie.
            Contre vents et marées, au flux et reflux de l’Histoire, ces hommes et ces femmes traversèrent mers et montagnes pour trouver leur Graal : de l’Occident vers l’Orient, de l’Orient vers l’Occident.
Le père d’Alexandre est venu avec sa femme et ses deux garçons. Cette décision pensée et pourtant déraisonnée est sans retour. Il a accepté de tout abandonner à cinquante ans, son magasin de portes blindées, la maison familiale, ses amis. Il a laissé derrière lui ses biens, coupé court à tous ses projets notamment celui de faire de son fils aîné un grand violoniste, rompu les amarres avec toutes ses attaches ( la terre, les tombes de ses ancêtres, les chants isopolyphones des mariages, le raki des jours de fête). Ses larmes finissent par creuser les sillons autour de ses yeux… par effacer les fossettes de ses joues…
Ses frères et sœur avaient tenu pourtant le même discours invitant le père d’Alexandre à les rejoindre en France. Trois d’entre eux étaient arrivés dès 1991 et avaient obtenu « facilement » le statut de réfugié politique. Six ans plus tard arrive la sœur cadette… Mais le père d’Alexandre était resté insensible aux chants des sirènes. Il croyait en son pays, espérait tout du processus de démocratisation annoncé le 13 novembre 1990. En 2006 quand il se rend à la sépulture de sa mère à Paris, il est fier de sa réussite économique, fier de sa maison, fier de ses enfants, d’Alexandre qui progresse bien au violon. Et pourtant, six ans plus tard, l’homme mûr (49 ans) prend la décision de tout abandonner. Son renoncement est un constat d’échec terrible  à ses yeux et surtout devant ses frères et sa sœur à qui il avait tenu tête… tout cela pour des raisons politiques graves.  

La fibre politique anime chacun d’entre eux, depuis plus de deux générations. Leur oncle est venu à la Sorbonne dans l’entre deux-guerres pour étudier l’histoire. De retour en Albanie, il enseigne à l’université et figure parmi les fondateurs d’un parti d’opposition. Le monarque Zob Ier est considéré comme le subterfuge de l’Italie fasciste qui en échange d’une « protection » plus qu’intéressée, promet d’obtenir le rattachement du Kosovo et de l’Epire grecque à la « Grande Albanie ». Les évènements s’accélèrent,  se bousculent et culbutent.
Mussolini occupe l’Albanie annexée jusqu’en septembre 1943 qu’il confie ensuite à Hitler, après la fondation de la république de Salo. Un autre homme politique, Enver Hodja/Hoxha, également épris de la France, enseignant au lycée français de Korçë, fonde en novembre 1941 le Front de libération parvenant à galvaniser les forces résistantes armées communistes et à écraser les opposants dans une guerre civile. En janvier 46, la fondation de la « république populaire socialiste des Aigles » ne laisse plus d’espoir, ni de place à l’opposition. C’est l’exil, la France, les États-Unis. Les tentatives de retour du grand oncle d’Alexandre, appuyées par la CIA, n’aboutiront pas. La République stalinienne « orthodoxe » voguera à la dérive pendant 36 ans avec le même capitaine à la barre. Durant cette période dans le clan familial, l’arrière-grand père d’Alexandre périt en prison en 1953-1956. Le grand-père, après avoir refusé de coopérer avec la police secrète, disparaît tragiquement à son tour: une curieuse électrocution  dans un bâtiment en chantier.  Les oncles d’Alexandre ne sont pas dupes, la démocratisation officielle n’est qu’une illusion. Ramiz Alia, le dauphin désigné en 1982 par Hoxha, a beau libéraliser le régime, à l’ouverture des frontières en 89-90 les Albanais franchissent le pas… C’est là que trois des cinq enfants de la fratrie arrivent en France. Depuis le 31 mars 1991, les élections sont libres, le pluralisme officialisé… mais pour Alexandre l’élection en 92 du démocrate Sali Berisha c’est du pareil au même. « Ce sont les fils des communistes qui sont encore au pouvoir et exercent des pressions sur les partis de droite. …  Mon père a été menacé de mort… mon petit-frère a failli être kidnappé,…  parce que nous ne voulions pas abandonner notre combat politique.» La police fait savoir qu’il ne serait plus possible pour le père d’Alexandre de contribuer au financement du parti. La fiscalité s’acharne sur son entreprise. La caisse du magasin est saisie …
Le résultat est un pays ruiné, exsangue… livré à la violence mafieuse… aux narcotraficants …  En 1997 c’est le tour de sa tante Lumturi… L’intégration se fait naturellement. Mariage avec des natifs, emploi dans les secteurs où les immigrés sont proportionnellement deux à trois fois plus nombreux que les Français de naissance ( Hôtellerie, sécurité…). Certains percent même le « plafond de verre », entrent dans la banque, deviennent fonctionnaire, ont une place à responsabilité à Hong-Kong pour une grande firme française. Après quinze ans d’hésitation, en août 2012, le père d’Alexandre finit par franchir le pas. Seulement plus de vingt ans se sont écoulés depuis la première séparation de la fratrie. Les facilités accordées aux uns ne sont plus de mises … entre temps la France et l’Europe subissent des crises économiques et structurelles profondes qui se traduisent par un renforcement drastique du contrôle des frontières. Dans une France qui se dit terre d’accueil, le primo-arrivant perd pied et glisse à la dérive…

L’errance dans une terre d’asile
Je résumerai la situation d’Alexandre et des siens par trois mots : contradiction, isolement, incompréhension… Contradiction de la France, isolement physique des individus, incompréhension des personnes chargées de fonction ou de protection…
De l’immigration totale, les réfugiés politiques ne constituent qu’un maigre élément mais c’est la partie émergente de l’iceberg… qui cache la profondeur du mal. (300 000 demandes d’asile en Europe en 2012  pour 1,7 millions d’immigrants légaux de citoyens extra-européens, 10% des premiers titres de séjour en 2012 en France, 18800 titres de demandeurs d’asiles pour 191500 titres ). Peut-on encore parler d’une France terre d’accueil comparée aux onze pays européens qui sont devant nous quant au rapport des demandeurs d’asile à la population totale ? « Un projet de loi sur l’asile est en préparation. Il entend dissuader en amont les demandes, accélérer le traitement des requêtes infondées et éloigner les déboutés. » Thierry Pech, L’Immigration, mythes et réalités, dans Alternatives économiques n°330 décembre 2013.

 
La France se révèle à la fois généreuse et volontairement stricte. La politique de l’immigration est définie à l’échelle européenne. En 1999, par le traité d’Amsterdam, la gestion du droit d’asile devient une compétence communautaire mais sans efficacité puisque l’UE n’est toujours pas parvenue à fixer un statut européen du réfugié. En 2004, la création de la Frontex ne répond qu’en partie aux attentes… impuissante en raison de son petit budget de 85 millions d’euros. Dans un cadre précis, l’espace Schengen prévoyant la libre circulation des personnes à l’intérieur des frontières de l’Union,  la gestion de l’immigration reste à la discrétion de chacun des États (maîtrise des frontières et contrôle de la circulation). Il définit sa liste des « pays sûrs » dont les ressortissants peuvent difficilement obtenir le statut de réfugié. Dura lex sed lex …L’Albanie  est introduite dans cette liste le 3 mai 2006, puis retirée par arrêt du conseil d’État du 13 février 2008. Les préfectures régionales gèrent un quotidien enregistrent les demandeurs d’asile puis les placent. Ainsi la famille d’Alexandre est placée à son arrivée près de la capitale régionale, de août 2012 à juin 2013, puis dans une préfecture départementale voisine…  sous le couvert de l’office du Droit du travail… La loi interdit scrupuleusement à tout demandeur d’asile de travailler tant que le statut de réfugié n’est pas attribué. Durant l’instruction du dossier et la décision de justice, la famille dispose d’un titre de séjour provisoire. Alexandre devenu majeur en septembre 2013 est en droit d’obtenir de la préfecture un récépissé provisoire… En attendant, la France se montre généreuse. Terre d’asile, pays des Droits de l’Homme, elle est fière de ses structures d’encadrement. COALLIA gère des logements sociaux attribués  gracieusement aux familles arrivant. Une aide sociale est chargée d’intervenir pour ces familles auprès  des administrations sans prendre parti pour autant (montage de dossiers de demande d’asile, suivi administratif, veille sanitaire, suivi de la scolarité des enfants, insertion socioprofessionnelle). La loi rien que la loi… Le centre d’accueil pour demandeurs d’asiles (CADA) verse à la famille d’Alexandre 470 € mensuels. Pendant ce temps, Alexandre et son frère sont scolarisés. L’Éducation nationale leur ouvre ses portes sans discourir. Havre de paix, elle assure pleinement sa fonction de service public. À leur arrivée, Alexandre est placé dans un lycée professionnel  avec un aménagement d’emploi du temps le déchargeant des ateliers et  des stages réglementaires pour apprendre le français tandis que son frère cadet entrait directement au collège. Celui-ci s’intègre rapidement. Ce qui n’est pas le cas d’Alexandre qui retrouve plusieurs Albanais dans sa classe. « Je devais apprendre le français…mais on parlait toujours en albanais. »  En septembre dernier, les voici tous les deux dans un nouvel établissement, avec de nouveaux élèves dans un autre environnement : celui d’une petite ville en déprise économique à taux élevé de professions et catégories socio-professionnelles (PCS) défavorisées et une population étrangère ou de souche étrangère importante (tunisiens, marocains, algériens, maliens, kosovars, albanais et turcs).
L’automne passe ainsi dans l’attente quand soudain le 9 décembre, la famille prend connaissance de la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui tombe comme un couperet : rejet de la demande d’asile. C’est difficile à encaisser… la famille est abasourdie. Les oncles et la tante d’Alexandre intégrés depuis vingt ans ne comprennent pas. Pour eux, c’était presque automatique… Ils ignoraient les nouveaux obstacles établis depuis quelques années. L’un des oncles me dit au téléphone qu’il découvrait comme moi l’efficacité d’une pareille évolution. Il regrette d’avoir encouragé son frère à rejoindre la fratrie car il prend conscience que la situation a bien changé. Malgré le refus, le père d’Alexandre a encore la possibilité de faire une demande de recours.
C’est alors que je suis sollicité pour intercéder en tant que membre d’un club service. J’accepte de le recevoir à mon bureau. Je découvre un garçon en détresse en raison de sa situation scolaire grave et de la situation administrative de toute sa famille.


Force et faiblesse des clubs services
Alexandre est debout devant mon bureau. Après insistance, il accepte de s’asseoir et répond à mes questions. Le proviseur adjoint m’avait demandé de voir s’il n’était pas possible de financer des cours de violons au conservatoire. Son état déprimé et ses très mauvais résultats scolaires inquiétaient le proviseur qui craignait un risque de décrochement. Surpris par sa requête, pourquoi un jeune homme de 18 ans qui jouerait de la clé de fa se retrouve avec « une clé de 12 » en C.A.P. mécanique auto ?  Je lui demande ce qu’il faisait en Albanie. « J’ai fait du violon pendant 10 ans de façon intensive… deux heures par jour et souvent en classe, ma professeure venait me chercher pour faire des exercices et suivre son cours. … Je suis venu avec mon violon en France… je n’ai pas de partitions, je n’ai rien avec moi sauf mon instrument … je n’en joue plus… » Dubitatif, je m’interroge. Pourquoi ne travaille-t-il plus son instrument ? Pourquoi le dit-il froidement avec indifférence ?  Fidèle à mes engagements au sein de mon club, j’accepte d’intervenir, de « servir d’abord ».


Mais dans ce premier jour, je ne suis au courant de rien, au fur et à mesure qu’Alexandre me parle, j’entre dans un labyrinthe fléché dans une langue étrangère : OFPRA, CNDA, CADA, COALLIA… Je me perds et panique pour Alexandre et les siens… comment eux pourraient-ils comprendre si moi français de souche, de familles poitevines remontant à Henri IV fixées dans un rayon de 20 km depuis cinq siècles, je ne m’y retrouve pas ?
Mon ignorance a cela de bon, elle m’oblige à interroger, à téléphoner et surtout à faire répéter Alexandre pour comprendre son parcours, pour vérifier la cohérence de toute cette histoire. De fil en aiguille, je comprends les rouages, je saisis les points sensibles, la complexité des instances et leur mode de fonctionnement…

Mon premier souci est de le sortir de ce lycée professionnel où véritablement il n’a rien à y faire. Mais pour autant, il ne faut pas qu’il démissionne tant qu’il n’a pas trouvé de solution durable. D’après le bulletin trimestriel qu’il me présente, 14/20 en art appliqué et ses connaissances musicales, je lui suggère de se tourner vers la restauration (service ou cuisine). Il ne dit pas non. Je contacte un ami restaurateur qui me fait savoir qu’il ne prend plus personne, il vient d’être déçu par deux apprentis qui ont du démissionner. Après insistance, il accepte cependant de nous recevoir. Au téléphone, le directeur du CIFA (Centre interprofessionnel de formation des Apprentis) me fait savoir qu’il ne pourra le prendre dans l’année en cours seulement si le contrat d’apprentissage est signé avant le 31 décembre sinon ce sera pour septembre 2014. Alexandre me regarde, ses yeux humides me supplient… «  pas de quatrième seconde…s’il vous plaît, j’aurais 19 ans alors … ». Il voudrait à juste titre changer immédiatement. À mon tour je suis stressé. Nous sommes le 18 décembre, à trois jours des vacances de la Noël, et il me faudrait dégoter à la fois un contrat d’apprentissage et une inscription au CIFA. Plus grave, mes deux amis m’indiquent que rien ne peut être fait sans le titre de séjour valable d’Alexandre. C’est alors que les problèmes administratifs refont surface. Alexandre m’indique que depuis sa majorité il n’a pas reçu de récépissé de demande de titre de séjour. Je n’y comprends rien. Je téléphone à la sous-préfecture, la personne responsable accepte de me prendre en ligne entre deux entretiens après avoir insisté lourdement. Elle ne répond au téléphone que le matin, l’après-midi étant réservée aux audiences. Après avoir fait mes civilités,  … « votre temps est compté… chaque cas est complexe… etc… etc… »,  je lui demande pour quelle raison Alexandre majeur depuis septembre n’avait pas de récépissé de demandeur d’asile. Elle me répond qu’il lui manque une pièce au dossier… puis après mon insistance, me révèle que cette pièce est à la préfecture régionale. Aimablement, elle m’indique que dans ces jours elle relancerait la préfecture pour faire avancer les choses… Deux jours après, j’apprenais d’un autre service, que le récépissé avait tardé à venir par pure stratégie. En retardant l’octroi du récépissé, l’administration pouvait espérer que la décision judiciaire soit rendue. En cas de rejet de la demande d’asile, elle n’avait plus alors à fournir de récépissé. Ce fut le cas. De septembre à début décembre, le récépissé tardait à venir (sous prétexte qu’il manquait une pièce), puis quand le rejet de la demande d’asile fut prononcé le 9 décembre, la préfecture n’avait plus à fournir de titre provisoire de titre de séjour.

D’un problème qui me semblait simple, trouver une école et un employeur, je me heurtai à une seconde difficulté encore plus complexe cette fois-ci d’ordre administratif. En même temps j’expliquai à Alexandre qu’on avançait à pas de fourmi certes mais on avançait. Je me pris au jeu… comment aider Alexandre sans gêner qui que ce soit, les administrations et services comme les employeurs.  Il y avait malgré tout espoir : le restaurateur acceptait de voir Alexandre, le directeur du CIFA acceptait de signer avant le 31 décembre… la sous-préfecture faisait le nécessaire pour regrouper l’ensemble du dossier administratif d’Alexandre.

2ème jour mercredi 18 décembre
Je me libère le lendemain après-midi pour démarcher avec Alexandre…  

Nous décidons ensemble de franchir étape par étape les obstacles plutôt que de nous décourager. Nous nous rendons chez le restaurateur… à qui je fais un bref résumé de la situation en insistant sur les difficultés et les atouts d’Alexandre… 10 ans de violon c’est une preuve de persévérance et de patience… Le restaurateur est séduit par sa prestance… Il accepte mais ne peut signer sans l’avis de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). Nous sortons du restaurant enjoués et convaincus d’avoir emporté une première bataille. De ce pas nous nous rendons aussitôt à la CCI. Usant de mes relations, je parviens à être reçu immédiatement par la secrétaire du directeur qui nous dirige vers la responsable des contrats d’apprentissage. Optimiste et séduite également par notre histoire, elle laisse entendre qu’il y a moyen, en attendant le récépissé de demandeur d’asile provisoire, de faire retarder l’enregistrement du dossier une fois signé par le CIFA et l’entrepreneur avant le 31 décembre, date butoir pour qu’Alexandre commence dès janvier. Elle nous remplit même au préalable le dossier. Nous n’avons plus qu’à retourner au restaurant. Gaiement et d’un pas ferme, nous nous y rendons. Je vois les yeux d’Alexandre briller, les fossettes réapparaissent sur ses deux joues… « Merci, Monsieur, c’est bien ce que vous faîtes pour nous… » Hélas rien n’est fait, rien n’est garanti…  ! À nouveau chez le restaurateur, le contrat d’apprentissage est immédiatement signé. Nous n’en croyons pas nos yeux. Nous nous précipitons au CIFA où j’ai appris que le directeur, également membre de mon club, se trouvait pour un pot de départ. En aparté, il accepte de prendre le dossier pour le signer et le remettre ensuite à la CCI.

Il fait nuit, les décorations de Noël scintillent … dans les arbres … dans la ville rien que pour nous presque. Je raccompagne Alexandre chez ses parents à une trentaine de kilomètres. Je tenais à les rencontrer pour faire le point et les mettre en confiance. Soudain, je reviens à une dure réalité. L’accès est sinistre à donner le cafard : chemin mi goudronné serpentant derrière la gare et dans des friches. En garant ma voiture, je m’inquiète pour elle. Dans quel état la retrouverai-je après l’entretien avec la famille. Des vélos à même le sol, dépouillés pour la plupart, sans roues, sans selle etc
            Alexandre passe devant moi, nous prenons les escaliers. « Au premier ce sont les étrangers qui ont obtenu un titre de séjour et sont régularisés… » Nous poursuivons, sur un pallier une flopée d’enfants chahutent. Tendrement Alexandre pose la main sur la tête de l’un d’entre eux et leur demande de nous laisser le passage… Arrivé au troisième étage, je suis surpris par une odeur fétide … Alexandre, sans que j’ai dit quoique ce soit, me précise : « ici ce sont les wc et les salles de bain… ». Deux couloirs étroits avec des portes entrouvertes d’où s’échappent des miasmes écœurants. Enfin au quatrième et dernier étage, celui des demandeurs d’asile, Alexandre me fait entrer dans une petite pièce, de cinq mètres sur trois, une fenêtre en coin sur laquelle flotte un léger rideau en nylon trop petit.
Deux lits tubulaires placés perpendiculairement le long des murs, une table basse, une télévision, une petite table d’étudiant avec un tabouret voilà la chambre de vie des parents ! La mère d’Alexandre, avertie de mon arrivée, a placé sur la « table basse » des cacahuètes dans deux coupes et des biscuits sous emballage dans une corbeille à pain. Après les salutations, la mère d’Alexandre me propose quasiment simultanément un jus d’orange et un café. Je ne peux refuser. Je crois mesurer le sacrifice financier et l’humiliation morale que représente pour eux quatre cette mise en scène. Nous échangeons quelques mots. Assis sur le lit à ma droite, le père est désemparé, hagard, le visage crispé, anxieux, comme dépressif. Ne parlant pas français, le pater familias est contraint de laisser ses deux enfants et sa femme répondre pour lui à mes questions. J’essaie en effet de comprendre leur parcours, les raisons de leur choix… je leur demande de me montrer le bulletin scolaire de chacun des enfants. Le petit frère en quatrième s’en sort très honorablement, excepté en sciences naturelles et en histoire-géographique où les documents inaccessibles font barrage. Quant à Alexandre la situation est plus que préoccupante. Chaque professeur remue un couteau dans la plaie : « se désintéresse…ne comprend rien… paresse…et manque de travail à la maison ». Intérieurement, je me dis « mais quelle maison ? » Les professeurs ne peuvent pas s’imaginer la situation cauchemardesque dans laquelle se trouve Alexandre et les siens. Comment avoir l’esprit à travailler dans une section qui a été imposée et qui ne correspond pas du tout à ses aspirations ? Comment pouvoir se concentrer en classe quand chaque matin Alexandre se demande s’il recevra ses papiers administratifs…  quand chaque soir, il retrouve ses parents enfermés dans leur chambre sans avoir fait quoi que ce soit sinon ressasser leur mésaventure… ? Comment pouvoir travailler à la maison quand il n’y a pas de maison…pas de livres… pas d’accès à internet… ? C’est une cellule point. Je repense alors au premier entretien où je m’étonnais ouvertement qu’Alexandre n’ait plus joué de violon depuis un an. Évidemment, dans un pareil cadre, il ne lui était guère envisageable de faire de la musique sans que tout le couloir se plaigne de la « gêne » occasionnée. J’avais honte de ma bêtise… et de mon ton péremptoire !
Je ne les rassure pas. J’essaie de cacher ma surprise, mon désarroi. Je joue la comédie. Plus je cherche à les aider moins j’y crois… mais les regards du petit frère, de la mère, du père se dressent vers moi comme des bras tendus. Un flash du tableau « le cri » d’Edvard Munch me vient à l’esprit. Mais un cri « sourd » imperceptible car ceux qui sont en face de moi n’ont pas le droit de crier … seulement celui d’exister.
Je les abandonne…je m’enfuis, je reviens chez moi, bouleversé. J’ai vu la détresse de près. Rien à voir avec les images du journal TV, rien à voir avec les lignes d’encre… Cette détresse n’est pas « là-bas » mais au bout d’un chemin, cachée entre les voies ferroviaires, la rivière et les zones marécageuses…

3ème jour, jeudi 19 décembre
Pour avoir plus d’indications sur la situation administrative d’Alexandre et sa famille, je recontacte la sous-préfecture, entre 9h et 12h uniquement puisque l’après-midi ce sont les consultations. Personne ne répond à 9h20… à 10h10 même résultat c’est peut-être la pause café. On me décroche enfin vers 11h pour me révéler des points essentiels insoupçonnés.
Le récépissé ne pourra être remis qu’une fois la demande de recours déposée, enregistrée et acceptée par la CNDA et puis la  notification de demande de recours envoyée par la CNDA à l’OFPRA. Contre cette notification envoyée en copie par l’OFPRA à la sous-préfecture, un récépissé de demandeur d’asile provisoire pour une durée de trois mois et reconductible jusqu’à la prononciation du jugement sera alors remis. Autant dire qu’Alexandre n’est pas prêt d’avoir son « laissez-passer ».
Je suis à nouveau abasourdi car la demande de recours signifie que l’OFPRA a déjà donné sa sentence. Ce n’est que maintenant que l’on m’apprend que la demande d’asile a été rejetée depuis plus de 10 jours (9 décembre). Je ne comprends rien… on me parle de la CNDA, de l’OFPRA, de recours, de notification, de récépissé  comme si j’en connaissais parfaitement les rouages…

En cherchant sur google je prends conscience que la situation est plus que préoccupante, elle est urgente car soumise à un calendrier précis.
La demande d’asile étant rejetée, la famille peut déposer un recours à la CNDA dans un délai d’un mois, autrement dit avant le 9 janvier. Ce recours doit être accompagné d’éléments nouveaux pouvant justifier la révision de l’arrêt. Alexandre m’annonce que la famille est en contact avec une avocate qui demande 1500 €. Les problèmes financier et calendaire me font oublier la question du contrat d’apprentissage. À présent, le combat le plus urgent est celui de la demande d’asile. Je comptais aider un individu voici que le sujet devient pluriel : quatre personnes sans compter les oncles et la tante. J’essaie de savoir ce que chacun d’entre eux peut apporter. Je dîne le vendredi soir avec le président du club-service de la ville d’Alexandre. Sa contribution n’est pas acquise : aider des Albanais… pour un procès qui a peu de chances d’être gagné… tout le monde a en tête le cas « Leonarda »  etc…
C’est alors que j’essaie de comprendre les raisons politiques de leur exil… c’est alors que j’entre progressivement dans leur intimité, et découvre l’histoire sur trois générations d’un clan… un système d’entraides : un oncle maternel journalier et encore célibataire garde la maison de la famille d’Alexandre à Elbasan. Deux autres oncles maternels dont l’un en Italie (Bolsena) transfèrent de l’argent pour le gardien de la propriété. Cette solidarité clanique s’exprime aussi dans le choix des prénoms. Le nouveau-né prend le prénom de l’un des grands-parents… Le neveu peut choisir celui de son(a) futur cousin(e). Un prénom peut être composé de la première syllabe de chacun des parents …
Mais le plus important est évidemment l’engagement politique de cette famille, leur espérance collective puis leurs désillusions successives. La démocratisation d’un pays est un long processus, encore plus pour une population réduite à la torpeur par quarante ans de dictature. La désillusion est d’autant plus forte que le discours politique n’est plus ou pas forcément adapté à une nouvelle réalité sans parler des règles essentielles bafouées (en matière de liberté d’expression, par les moyens d’oppression et de corruption …)
Aimablement cette même personne de la sous-préfecture m’indique que de toute façon le récépissé ne permet par à son détenteur de signer un contrat de travail. Nouveau coup de massue… Je commence à mesurer le courage et la persévérance que doivent avoir chacun des demandeurs d’asile. C’est un chemin parsemé d’embûches… l’obstacle en cache un autre immédiatement… sans que vous sachiez au préalable l’itinéraire à prendre. Vous revenez sur vos pas pour mieux sauter… mais vous perdez du temps et donc des chances de gagner !
Enfin, cette douce personne me conseille de prendre contact avec les services départementaux du droit au travail… plus à même de me répondre sur les questions de droit pour un contrat d’apprentissage…  Je raccroche, dépité. Que pourrais-je dire à Alexandre qui allait d’une minute à l’autre quérir des nouvelles ?

Mais il y aussi l’assistance sociale de COALLIA par laquelle je finis d’entrer en contact. Je la sens agacée : « Qu’est-ce qu’Alexandre a encore fait ? … C’est mon travail … »  Je lui réponds « Non, madame, ce n’est pas Alexandre qui est venu à moi, mais moi qui suis allé vers lui… ». Au bout d’un certain temps, le climat s’adoucit. Elle tient cependant un discours très négatif probablement par expérience, par devoir de neutralité. Je ne peux lui en vouloir mais comprends combien aux oreilles des demandeurs d’asile, ses paroles peuvent être déprimantes. Elle laisse entendre également comment l’administration joue habilement avec le temps pour ne pas être « contrainte »  de délivrer les récépissés. « Sed lex dura lex » disais-je il y a quelques temps.

Samedi 28 décembre
Les jours défilent. Ce sont les vacances… naturellement personne n’est joignable … le froid hivernal fige les moyens de communication …  Mardi 24 23h28, Alexandre m’envoie un texto « joyeux Noël a vous et a votre famille passez un bon reveillon ». Je ne peux pas lui répondre. Par décence ou lâcheté ( ?), je préfère rester muet. Cela me rend très mal à l’aise. Le surlendemain seulement, je décide de les inviter tous les quatre pour passer la journée en famille. L’un de mes enfants, de l’âge d’Alexandre, est justement avec nous.

Le samedi midi, je vais les chercher. Pour la deuxième fois, je franchis cet espace sans nom… Ils ont revêtu leurs plus beaux habits … En entrant dans notre salle à manger, ils découvrent le drapeau rouge frappé des deux aigles placé sur le miroir face à la table dressée. « C’est très gentil monsieur … merci d’avoir fait ça… ». Les langues se délient pendant le repas… les verres se vident… se remplissent… Nous passons au salon. Assis devant l’âtre de la cheminée, prenant un verre d’alcool de prune, Mustafa a les yeux qui s’illuminent. Après en avoir bu quelques gorgées, il me regarde et m’adresse pour la première fois la parole : « raki… ». Alexandre reprend « Monsieur c’est la première fois … ici, qu’on appelle mon père Mustafa … merci on est très content ».

Avant le départ…
Que faire…  avant leur départ pour leur cellule … pour l’Albanie ou pour leur nouvelle vie ?
J’ai réellement pris conscience de l’isolement dans lequel ils se trouvent. Isolement géographique : dans un espace caché au bord d’une petite ville en déprise. Isolement physique : il n’y a pas de moyens de transport pour aller de l‘immeuble aux grandes surfaces de la ville. Le père d’Alexandre fait trois à quatre kilomètres à pied chaque jour… Isolement linguistique : dans l’immeuble il n’y a que des Albanais quasiment. On vit, on parle, on mange comme en Albanie. L’enclave albanaise en Europe est reproduite à l’intérieur de la France… Surprenant ! Comment apprendre le français avec une séance d’1h30 hebdomadaire avec un groupe surchargé… . COALLIA n’autorise pas l’accès à internet. Interdits de travailler, ils n’ont pas les moyens d’entrer en contact avec la société. Finalement, n’isolons-nous pas sciemment les étrangers pour expulser plus facilement ceux que nous ne voulons pas intégrer ?
D’où cette incompréhension des uns (les clubs services, les professeurs… ), d’où la très grande prudence des autres (les associations comme COALLIA, l’administration… comme l’OFPRA).
Finalement, je vais à l’essentiel… le reste on verra « demain ». Je propose au club service de la ville d’Alexandre la création d’une « fraternité » France-Albanie. Dans le dictionnaire d’Antoine Furetière, à la fin du XVIIe siècle, la « fraternitas » résulte de « l’intelligence, [de] l’union entre deux frères deux amis, deux compagnies. Fraterniser signifie vivre en frères, s’aimer en frères, vivre en bonne intelligence. » Cette nouvelle fraternité consisterait à organiser régulièrement un dîner avec la famille d’Alexandre. La régularité des rencontres briserait les murs transparents de la langue et permettrait de se comprendre et de se respecter. Un soir par semaine, un membre serait tenu de les inviter. D’ici juin, ils pourraient tisser des liens d’amitié pouvant déboucher à un emploi le jour où la CDNA aurait donné son verdict.

Dans l’attente
Cicéron reconnaît comme vertu essentielle l’« humanitas » combinant l’intelligence à la sensibilité et à la bonté. Puissions-nous en faire le propre de toutes les nations !
Qu’importe l’issue, je conserve en mémoire le premier regard d’Alexandre qui me fait penser au vers de Paul Valéry dans « le Cimetière marin » : « Le vent se lève !… il faut tenter de vivre !»


POUR ALLER PLUS LOIN (ébauche)

Histoire
Vers 2000 av. J.-C. : installation de tribus indo-européennes
VIIe-Ve siècle : colonisation par les Grecs
IIe siècle av. J.-C. : conquête romaine, intégration dans la province illyrienne
Ier siècle ap. J.-C. : christianisation par saint Paul en Dalmatie et à Illyricum et l’apôtre André en Epire.
395 ap. J.-C. au IXe siècle : province de l’Empire romain d’Orient
1204 : 4e croisade, les Vénitiens s’installent sur la côte grâce à l’intervention des chevaliers de Champagne, de Blois et de Flandre… En 1272, Charles d’Anjou rex albaniae
milieu du XVe siècle : Skanderbeg  ou Georges Castriote (originaire du village de Kastrat, au nord-est de l’Albanie), héraut/héros national, capitaine musulman dit Iskander bey. Il redevient catholique  et tient tête au pouvoir ottoman de 1443 à sa mort en 1468 sans avoir été vaincu.
1478 : sous le joug ottoman
1912 : indépendance
1919-1946 : monarchie sous influence de l’Italie fasciste, en exil à partir de l’occupation nazie en 1943, déchue en 1946 après la libération par les troupes communistes de Enver Hoxha.
1946-1985 : dictature communiste conduite par Enver Hoxha et puis par son dauphin , Ramiz Alia (1985-1991)  


I comme Immigration

Balli Kombëtar :  parti anti-communiste fondé en 1942 condamné à l’exil. Son retour en 1991 au devant de la scène politique en Albanie n’emporte pas le succès qu’espérait  Abaz Ermenji. Nationaliste, pour la « Grande Albanie », le parti reste profondément anti-communiste. 

COALLIA,  anciennement l’Aftam association fondée en 1962 pour intervenir entre autre dans l’hébergement social (en lien avec les collectivités territoriales, COALLIA réhabilite et reconstruit les établissements sociaux permettant d’héberger des travailleurs et publics fragilisés),  pour la promotion sociale ( pour offrir un hébergement transitoire spécifique aux personnes en situation d’urgence, demandeurs d’asile en Cada, réfugiés en CPH –centre provisoire d’hébergement-…), pour la formation professionnelle et l’accompagnement social.

CADA : centre d’accueil pour demandeurs d’asile

CNDA : cour nationale du droit d’asile, juridiction administrative spécialisée remplaçant depuis le 22 novembre 2007 la Commission de recours des réfugiés, à la suite du rejet de la demande d’asile par le directeur général de l’OFPRA, le demandeur d’asile peut contester cette décision administrative en s’adressant à la CNDA. Si le recours manque d’éléments sérieux de nature à remettre en cause la décision, il est rejeté par ordonnance. Dans le cas contraire, il est mis en l’état en vue de son enrôlement à une audience. Après l’audience devant la formation de jugement, la décision est lue en audience publique dans un délai de quinze jours à trois semaines. Le sens de la décision (reconnaissance du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire ou rejet du recours) est affiché dans les locaux de la cour. La décision est notifiée au requérant et à l’OFPRA. Le recours peut faire l’objet d’un pourvoi devant le Conseil d’Etat, juge de cassation.

L comme Loi :
Convention de Genève
loi n°52-893 du 25 juillet 1952 relative au droit d’asile et prévoyant la mise en place de l’OFPRA, modifiée par la loi du 10 décembre 2003
code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Circulaire Valls du 28 novembre 2012 concernant la régularisation par le travail des travailleurs étrangers sans papiers…

OFPRA :  office français de protection des réfugiés et apatrides. Etablissement public chargé d’assurer l’application des conventions, accords ou arrangements internationaux concernant la protection des réfugiés. Il est placé sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur.

S comme Statut : d’après le portail du droit français site internet… wikipedia
Réfugié …
Apatride : selon la convention de New-York du 28 septembre 1954 « toute personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ».
Protection subsidiaire remplace l’asile territorial…personne qui ne bénéficie pas du statut de réfugié mais qui est exposée dans son pays à l’une des menaces graves suivantes (peine, de mort, torture, peines ou traitements inhumains ou dégradants). S’agissant d’un civil, une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d’une violence généralisée d’une situation de conflit armé interne ou international.  Depuis la réforme 2003, c’est l’OFPRA et non plus le ministère de l’Intérieur qui a la compétence d’attribuer la protection subsidiaire.
Pays dits « d’origine sûre » liste établie par le conseil d’administration de l’OFPRA (article L722-1) l’admission en France d’un étranger qui demande à bénéficier de l’asile peut être refusée, entre autres, si cet étranger a la nationalité d’un pays considéré comme un « pays d’origine sûr» La liste établie le 30 juin  2005 est modifiée  le 3 mai 2006 par l’ajout de cinq pays parmi lesquels figure l’Albanie. Par arrêt du Conseil d’Etat du 13 février 2008, l’Albanie est finalement retirée.


Politique et économie


Évènements nationaux
Implication politique de la famille L…(…EVENISHTI)
Évènements familiaux
1945-1985
Dictature communiste de Emver Hoxha
L’oncle de Mustafa, à la tête du Balli Kombëtar fondé en 1942, est contraint à l’exil.
Le grand-père de Mustafa meurt en prison ca 1953-1956.
Le père de Mustafa, maçon de profession, meurt en 1968 d’un curieux accident, retrouvé électrocuté sur un chantier …après avoir refusé de coopérer avec la police secrète …

1985-1992 Ramiz Alia
Ap  le départ de Emver HOXHA, Ramiz Alia, son dauphin, lui succède
13 novembre 1990 vote sur la démocratisation du régime
ð  Période d’instabilité, trois gouvernements entre février et décembre 1991
ð  Abaz Ermenji refonde le Front national en 1991 et en est le leader de 1994 à 1998

Mustafa croit aux promesses de démocratisation du régime…
1991, trois frères de Mustafa quittent l’Albanie pour la France : Yuli l’aîné, 34 ans, Ilir le puîné, 25 ans, et Qemal le dernier, 23 ans.

1992 -1997
Législatives en mars 1992
Sali Berisha (du Parti démocrate, droite populiste) président de la république de 1992 à 1997,
Berisha (cardiologue personnel de Enver Hoxha, 15 ans secrétaire du parti à l’université …)

Législatives truquées du 26 mai 1996 (victoire du PDA de Berisha, 122 sièges sur les 140). Les accusations de corruption avancées par l’opposition entraîne une réaction du Conseil de l’Europe qui menace d’interrompre toute coopération. De nouvelles élections ont lieu le 16 juin mais ne changent pas la donne. Le journal « Libération » (du 28 mai) le présente comme le « moins pire » malgré les suspicions d’autoritarisme et de corruption qui pèsent sur Berisha.


activisme déclaré… une partie des recettes de son commerce permet de financer le parti politique.
Mustafa dénonce la position mensongère de Berisha qui se dit de la droite modérée alors qu’il n’est qu’un ancien du régime…
l’ambassadeur américain considère Berisha comme étant encore pire que Alia .
Mustafa après des études en mécanique, fabrique des portes blindées, s’équipe en machines-outils puis ouvre un commerce prospère où travaille également sa femme.
1997
Début 1997, scandale financier déstabilise le pouvoir entraîne des révoltes populaires (plus de 1800 morts), émigration massive )

29 juin 1997, nouvelles législatives et référendum sur le rétablissement de la monarchie dans un climat délétère ( attentats, corruption)
Victoire du parti socialiste, démission de Berisha (23 juillet, création d’un gouvernement de coalition dirigé par le PSA.
Abaz Ermenji revient en Albanie sous la protection des armées française et italienne pour conduire la campagne du balli kambëtar[1]. Mustafa est son garde du corps ainsi que Ilir, son frère revenu spécialement de France. Ilir suspend ses études à Dauphine et à Grenoble.
Déclare le jeudi 17 avril : « la situation n’est pas supportable pour permettre des élections libres tant que des hommes sont armés et le résultat des élections ne sera pas libre ».
Le lendemain, 18 avril dans la ville natale des L… (…evenishti) une bombe explose à l’université A.Xhuvani … sans faire de victimes…

Mustafa mène un combat politique d’arrière garde, il nourrit et cache des opposants mais n’envisage toujours pas de partir. Il croit en son pays.

Mustafa inscrit son fils dans une école de musique pour qu’il fasse du violon son métier. (2h de violon par jour, 1h30 le soir, plus des cours particuliers).

Ilir prend peur, a risqué sa vie. Il retourne en France pour finir ses études.…
























1997, Ilir repart pour la deuxième fois en France suivie de Lumturi sa sœur âgée de 37 ans.

2005 - 2013
Sali Berisha, premier ministre de 2005 à 2013.

2006, décès en France de la mère de Mustafa
28 juin 2009
législatives
Victoire contestée de l’Alliance pour le changement (AN) dominée par le Parti démocrate d’Albanie (PDSh) du premier ministre Sali Berisha (70 députés sur 140), échec de l’Union pour le changement (BN) dominée par le Parti socialiste d’Albanie (PSSh) et le maire de Tirana Edi Rama ( 66 députés), 4 sièges reviennent à l’Alliance socialiste pour l’Intégration,  dominée par le Mouvement socialiste pour l’intégration (LSI) d’Ilir Meta
è 2ème gouvernement de Berisha grâce à l’alliance de l’AN avec LSI.
Pression sur Mustafa et sa famille  pour le contraindre d’arrêter la politique


21 janvier 2011, manifestation et boycott de l’opposition manipulée par les socialistes. (dénonciation de la fraude aux législatives, la corruption, le chômage et la pauvreté).
Le parti de l’opposition sort renforcé des élections municipales (PSSH). Bamir Topi (LSI)est évincé de la présidence de la république, , le parti LSI sort de l’alliance avec l’AN et se rapproche d’Edi Rama (BN) dont il avait pourtant fait scission en 2004.
Pression fiscale pour fragiliser son commerce, vol dans la caisse, tentative de kidnapping du petit frère Stivi,
Agression de Denis (coupure de 1 cm au dessus du menton)

















è août 2012 Mustafa fait sortir sa femme et ses deux enfants d’Albanie pour les mettre hors danger. À la demande de son épouse, il les rejoint en novembre en France.
2013
Législatives,
échec du parti du centre-droit au pouvoir, l’Alliance pour l’emploi, la prospérité et l’intégration (APMI)  Sali Berisha 39,4% des voix (56 députés)
victoire  de Edi Rama et son parti du centre-gauche l’Alliance pour une Albanie européenne (ASHE) (57,7%, 84 députés) Bamir Topi (Nouvel Esprit démocratique –FRD- fondé en 2012, centre-droit-, 1,7% des voix) élu par l’assemblée (kuvendi) président de la république
Alliance Rouge et Noire (AK) nationaliste, conservateur et populiste fondé en 2012 de Kreshnik Spahiu (aucun élu)
Le balli Kombëtar a disparu du paysage politique



1992-2013 : « un retard de quatre siècles rattrapé ces vingt dernières années… grâce à l’endettement, l’argent sale, les transferts d’argent des émigrés… » d’après  Raffaelo Nigro… Mon Albanie vingt ans après,  dans Courrier international n°1204 du 28 novembre au 4 décembre 2013. « Le pays s’ouvre au tourisme balnéaire. Il reste beaucoup à faire (sites à l’abandon ayant souffert de plus de 40 ans du régime de Hoxha). Le réseau routier naît de rien … encore beaucoup de contrées isolées… migration urbaine très forte… Tirana a franchi le million d’habitants , avec en vingt ans le déferlement  de 500.000 paysans venant des montagnes environnantes ! »

2009 :  l’Albanie intègre l’OTAN ;
16 octobre 2013 : l’Albanie candidate à la candidature d’adhésion à l’Union européenne. Des réformes structurelles sont attendues. La commission exige la dépolitisation de la fonction publique, la lutte contre la corruption et le crime organisé, la protection des droits de l’homme et l’indépendance de la justice ; Balli Kombëtar est à la dérive… parti historique  depuis 1940, Mithat Frasheri (président du parti en 1940) meurt aux EUA… La relève est assurée par Mustafa, Abaz Ermenji (Abaz Zenea demi-frère de Feruze, mère de Mustafa) en France, interdit de revenir en Albanie… Mustafa, Ilir et Hysen étaient gardes du corps de Abaz Ermenji pendant 6 mois… quand il a tenté de reprendre en main le pays (vient en  1996 puis revient en 1997 pour se porter candidat à la présidentielle) dans un contexte de guerre civile (à Vlora comme ailleurs,   des engagés par le président Sali Berishaavec ont des armes pour tirer en l’air…).

Lire
Roman, Raffaelo Nigro, Les Feux du Basento (1989, éd. Verdier), La Baronne de l’Olivento (1990, éd. Verdier)  sur la culture méridionale et les échanges historiques entre l’Albanie et l’Italie du Sud.

Poésie, Ismail Kadaré, poète de la conscience sociale, critiqué par le régime dans les années 80 pour son « subjectivisme » nostalgique.

Jérôme Valluy, Rejets des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile,  Editions Du Croquant, 2009.

Cizia Zykë, grec par sa mère et albanais par son père, dans la Légion étrangère, auteur de quatre romans dénonçant les trafics en Albanie depuis les années 1990 : Les Aigles  Editions du Rocher 2000, Au nom du père Editions du Rocher 2003




[1] Le retour au devant de la scène du Balli kombëtar en 1997 est un échec en raison de divisions internes, de conflits de personne entre Hysen Selfo et Abaz Ermenji. L’ancien a décidé de fonder le Nouveau Front national. Aux élections de 2005, le PBK n’obtient aucun siège car la Commission centrale électorale refusa la requête du PBK de rejoindre l’alliance pour la Liberté, Justice et le Bien-être  sous prétexte qu’il dépassa la date butoir d’application. Le PBKD qui avait rejoint la coalition n’est pas parvenue pour autant à gagner des sièges. D’après Party politics in the western Balkans  édité par Vera Stoiarova et Peter Emerson sur le site books.google.fr